HISTOIRE · CARTES ET ARCHIVES

L’histoire du Petit Lenormand

Un jeu allemand, un nom français et les documents qui relient leurs histoires.

Portrait miniature identifié comme celui de Marie-Anne-Adélaïde Lenormand, François Dumont, vers 1793
François Dumont, portrait identifié comme celui de Marie-Anne-Adélaïde Lenormand, vers 1793.
Cleveland Museum of Art, 1921.911
Gift from J. H. Wade · CC0.
Dans cet article
  1. Avant le Lenormand, des cartes pour jouer et dire la bonne aventure
  2. Hechtel et Bieling : le Jeu de l’Espoir apparaît à Nuremberg
  3. Le Jeu de l’Espoir conservé au British Museum
  4. Le Jeu de l’Espoir : trente-six cartes deviennent un plateau
  5. L’oracle était déjà dans le feuillet conservé
  6. Les ancêtres des symboles : ce que le café laisse apercevoir
  7. Marie-Anne-Adélaïde Lenormand : une femme qui publie aussi sa réputation
  8. Joséphine, Napoléon, Robespierre : la célébrité fabrique de bons récits
  9. Pourquoi le Petit Lenormand porte-t-il ce nom ? La piste de Coblence
  10. « Philippe, héritiers de Mlle Lenormand » : une signature n’est pas une preuve de parenté
  11. Le piquet et les quatre cartes ajoutées : une explication séduisante à éprouver
  12. Petit Lenormand et Grand Lenormand : deux histoires sous une même enseigne
  13. Comment les méthodes se transmettent et se transforment
  14. Des cartes allemandes, belges, américaines : suivre des objets qui voyagent
  15. Le Lenormand contemporain : le jeu continue de trouver des lecteurs
  16. Ce que les archives éclairent, et ce qu’elles laissent ouvert
  17. Chronologie : distinguer les traces, les objets et les récits
  18. Notes, sources et lectures

Le Petit Lenormand porte un nom français. Pourtant, pour retrouver ses images avant qu’elles ne s’appellent ainsi, il faut ouvrir une boîte de jeu allemande. On y découvre trente-six cartes, de petites enseignes françaises et allemandes et un feuillet d’instructions. Avec ces cartes, on pouvait construire un parcours et tenter d’atteindre la case de l’Espoir.

La case en question était l’Ancre, au numéro 35. Le Petit Lenormand l’a gardée. Il a aussi conservé le Cavalier, le Chien, la Lettre et bien d’autres figures que tu reconnaîtrais au premier coup d’œil. Mais entre ce jeu de société et les cartes que nous lisons aujourd’hui, des éditeurs ont changé un titre, des livrets ont circulé et les cartes ont été vendues sous le nom d’une célèbre cartomancienne qui n’avait pas créé ce jeu.

L’origine directe du Petit Lenormand se trouve dans le Jeu de l’Espoir, Das Spiel der Hoffnung, attribué à Johann Kaspar Hechtel et publié à Nuremberg à la fin des années 1790.1 Lenormand meurt en 1843.8 Les annonces de Coblence de décembre 1845 étudiées plus loin attestent ensuite la commercialisation de cartes sous son nom.10 Les images, la marque commerciale et les méthodes de lecture ont chacune leur chronologie.

J’aime cette histoire pour ses détours très concrets : un jeu démontable, un livret qui propose plusieurs usages, une publicité qui promet beaucoup. Pour les suivre, commençons avant l’apparition du nom Lenormand sur les boîtes.

Avant le Lenormand, des cartes pour jouer et dire la bonne aventure

Dans l’Europe du XVIIIe siècle, jouer aux cartes et chercher à connaître son avenir pouvaient faire appel aux mêmes objets. Un jeu ordinaire n’avait pas besoin de changer de dessin pour servir à la bonne aventure. Il changeait de place dans les mains, de manière d’être disposé, de questions auxquelles on lui demandait de répondre.

En France, Jean-Baptiste Alliette, connu sous le nom d’Etteilla, publie en 1770 Etteilla, ou Manière de se récréer avec un jeu de cartes. L’existence de ce livre suffit à déplacer un premier repère : la cartomancie imprimée précède largement les jeux vendus sous le nom Lenormand. Etteilla écrit ensuite sur les tarots, dont l’histoire comme jeux à atouts avait commencé dans l’Italie du XVe siècle.2

Autour des cartes se trouve tout un monde d’images : emblèmes accompagnés de devises, figures de loterie, dessins à reconnaître dans une tasse de café. Une route se divise, un chien accompagne, une lettre arrive. Ces motifs sont disponibles pour raconter des déplacements, des liens, des nouvelles. Leurs apparitions sur plusieurs supports n’impliquent pas nécessairement qu’un seul auteur les ait tous empruntés au même endroit.

Les imprimés nous montrent ce que l’on proposait aux lecteurs ; ils ne recensent pas chaque pratique familiale ou chaque séance de bonne aventure. Les recherches de l’historien William G. Pooley, fondées notamment sur des affaires judiciaires et des manuels, invitent justement à regarder les cartes en usage : des objets manipulés pour parler des relations, des attentes et des difficultés de la vie.3 C’est dans cet environnement que les trente-six images vont prendre une forme reconnaissable.

Hechtel et Bieling : le Jeu de l’Espoir apparaît à Nuremberg

Johann Kaspar Hechtel est un auteur de jeux de Nuremberg, mort en 1799. Les recherches biographiques le présentent aussi comme marchand et fabricant. Son nom accompagne plusieurs divertissements ; celui qui nous intéresse s’intitule Das Spiel der Hoffnung, le Jeu de l’Espoir. L’éditeur G. P. J. Bieling, établi dans la même ville, figure sur le matériel conservé.1

Qui a inventé le Petit Lenormand ? La réponse la plus utile commence donc par Hechtel, à condition de préciser ce qu’on lui attribue : le jeu allemand dont descend le répertoire classique. Lui donner aussi l’invention de toutes les méthodes actuelles demanderait d’autres preuves.

Pour la date, les livres hésitent entre 1798, 1799 et 1800. Ces chiffres ne sont pas trois réponses équivalentes à une seule question. Un recueil de Hechtel, Beiträge zur geselligen Freude, est publié en 1798. Des recherches ont signalé des annonces du Jeu de l’Espoir remontant à cette année. Une annonce de 1799, dans les Humoristische Blätter für Kopf und Herz, est également identifiée. Plusieurs manuels retiennent 1800.1

Le recueil, l’annonce commerciale et les cartes sont des pièces différentes. Dans l’annonce de 1799, le Jeu de l’Espoir figure sous le nom de Hechtel, avec trente-six cartes coloriées et un prix de trente kreuzers. Le recueil daté de 1798 est proposé séparément. Voilà une offre commerciale attestée ; cela ne donne pas le jour de la conception ni une boîte de la toute première édition.

À la fin des années 1790 : c’est le repère qui tient le mieux dans le récit. Les dates plus précises retrouvent leur place dans les notes et la chronologie. Il reste à regarder un exemplaire dont nous savons quelque chose de matériel.

Le Jeu de l’Espoir conservé au British Museum

Le British Museum conserve un Jeu de l’Espoir sous le numéro 1896,0501.495. Sa notice décrit trente-six cartes et un feuillet de quatre pages. Elle date l’ensemble largement, vers 1800-1850. La boîte annonce une nouvelle édition ; le texte des règles transmis porte la mention d’une deuxième édition améliorée.4

Cette boîte est souvent montrée comme si elle était, à elle seule, le jeu original de 1799. Elle témoigne en réalité d’une réédition. La différence ne tient pas à un goût excessif pour les petites lignes : si une règle a pu être modifiée, la date de la première invention ne date pas automatiquement chaque phrase du feuillet conservé.

Le catalogue publié par Freeman Marius O’Donoghue en 1901 décrit l’ensemble : les vignettes, les numéros, les miniatures de cartes françaises et allemandes, l’adresse de Bieling, les instructions. Il recense aussi un second jeu semblable, incomplet, sans boîte ni règle. Deux témoins, donc, mais aucune raison de baptiser le second « première édition » parce qu’il a perdu son emballage.4

Les doubles enseignes racontent déjà quelque chose de l’objet. Le propriétaire pouvait reconnaître les couleurs françaises comme les enseignes allemandes. Le jeu se prêtait à plusieurs divertissements, et le feuillet le dit. Une même petite boîte devait pouvoir occuper plus d’une soirée.

Le Jeu de l’Espoir : trente-six cartes deviennent un plateau

Pour le parcours, les cartes sont rangées dans leur ordre numérique en six rangées de six. On prévoit deux dés et des pions. Le feuillet décrit des paiements, des déplacements et des cases qui retiennent le joueur. Les images prennent leur rôle à l’intérieur des règles.5

Le Renard renvoie au numéro 5. Le Cercueil et la Montagne peuvent immobiliser. À l’Ancre, au numéro 35, l’arrivée exacte permet de gagner la partie et la caisse. La Croix, juste après, peut au contraire retenir le pion. On comprend le titre : l’Espoir a une adresse, et il vaut mieux ne pas la dépasser.

Ce petit mécanisme change notre regard sur les cartes. L’Ancre favorable ne flotte pas encore dans une liste de mots clés ; elle désigne une case à atteindre. Le Renard n’est pas seulement une idée de ruse : il produit un détour dans la partie. Les significations modernes peuvent faire écho à ces rôles, mais il serait imprudent de convertir chaque conséquence ludique en sens divinatoire définitivement fixé.

Le plateau a aussi une particularité pratique : il se démonte. Après la partie, les trente-six cases redeviennent trente-six cartes. On peut les mélanger, les distribuer et les employer autrement. Les doubles miniatures ouvrent la possibilité de jeux de cartes ordinaires. Le dernier paragraphe des instructions propose encore un autre usage.

L’oracle était déjà dans le feuillet conservé

Pour le divertissement oraculaire, on mélange les cartes et la personne concernée coupe. On les étale ensuite en cinq rangées : huit, huit, huit, huit, puis quatre. Le récit part de la carte de la femme ou de l’homme et des images qui l’entourent. Le texte invite à composer une histoire plaisante à partir de ces rencontres.5

Le plateau ordonné en 6 × 6 et l’oracle mélangé en 8 × 4 + 4 répondent ainsi à deux usages distincts. Les manuels ne les présentent pas tous de la même façon : Caitlín Matthews décrit l’oracle en 6 × 6, tandis que la traduction de Marcus Katz et Tali Goodwin et la transcription allemande du feuillet donnent quatre rangées de huit, puis quatre cartes.5

Cela suffit à écarter un récit trop net : un jeu uniquement ludique qui serait devenu divinatoire d’un seul coup, des décennies plus tard. Le feuillet ancien conservé prévoit déjà les deux usages. En revanche, nous n’avons pas ici une première édition datée de 1798 ou 1799 qui garantirait mot pour mot le même paragraphe.

Ce bref oracle n’enseigne pas non plus l’ensemble du Grand Tableau actuel. On y trouve des personnages, des voisinages et un récit ; on n’y trouve pas un manuel complet de maisons, de diagonales ou de chaînes. La parenté est intéressante précisément parce qu’on peut la décrire sans effacer le temps écoulé entre les méthodes.

Un jeu, deux dispositions

Le parcours

123456789101112131415161718192021222324252627282930313233343536

6 × 6 · ordre numérique
35 : l’Ancre, but favorable

L’oracle

8 + 8 + 8 + 8 + 4 · cartes mélangées
Lecture autour des personnages

Schémas éditoriaux, d’après la traduction et la transcription de la réédition conservée. Les points figurent des emplacements ; aucune consultation ancienne n’est reconstituée. Voir la note 5.

Les ancêtres des symboles : ce que le café laisse apercevoir

En 2013, Mary K. Greer publie une découverte particulièrement féconde : un ensemble de trente-deux cartes emblématiques accompagné d’un livret londonien de 1796, Les Amusements des Allemands. Il associe lecture du marc de café, cartes et divertissement par les nombres. Le British Museum conserve cet ensemble sous le numéro 1982,U.4637.1-32.6

Son texte publicitaire présente le jeu comme venu de Vienne, où il aurait fait fureur dès 1794. Voilà comment deux dates se retrouvent dans le récit : 1796 est celle de l’édition londonienne identifiée ; 1794 est l’antériorité viennoise qu’elle revendique. Sans exemplaire viennois examiné, mieux vaut garder l’étiquette sur chaque date.

La liste de 1796 transmise par Greer et par la transcription du livret fait apparaître plusieurs motifs familiers :

MotifSérie de 1796Petit Lenormand classique
Anneau225
Trèfle32
Ancre435
Lettre627
Chien918
Cœur2424

Ce tableau compare des motifs et leur place dans les séries. Il ne prétend pas montrer six dessins identiques ni six sens inchangés. Le Cœur partage même son numéro ; pour les autres, la suite se réorganise.

Le rapprochement éclaire un fonds d’images antérieur à Hechtel. Il ne nous donne pas l’exemplaire posé sur sa table, ni une liste de ses emprunts. Les livres d’emblèmes et les loteries à figures, notamment le Biribissi, élargissent encore les comparaisons possibles. Un plateau de Biribissi conservé par le musée de la Loterie, daté vers 1800, fournit un objet à regarder, mais aucune preuve que Hechtel l’ait copié.7

Les symboles du Lenormand ont donc des parents et des voisins. Leur attribuer à tous une origine unique ferait perdre la diversité des pistes que les documents permettent justement de suivre.

Marie-Anne-Adélaïde Lenormand : une femme qui publie aussi sa réputation

Pendant que les images circulent dans les jeux allemands, une autre histoire se déroule en France. Marie-Anne-Adélaïde Lenormand, souvent écrite Le Normand, est originaire d’Alençon et exerce comme cartomancienne à Paris. Les autorités bibliographiques françaises retiennent généralement 1772-1843 pour sa vie. Des sources plus anciennes donnent une autre année de naissance ; cette divergence est signalée dans les notes.8

Sa place dans la culture divinatoire de son époque tient autant à ce qui se raconte sur elle qu’à ce qu’elle fait imprimer. Elle est l’autrice de Souvenirs prophétiques d’une sibylle en 1814, d’Oracles sibyllins en 1817, de Mémoires historiques et secrets de l’impératrice Joséphine en 1820. Les titres annoncent déjà un dialogue avec les événements politiques et les figures du temps.8

Pour lire ces livres aujourd’hui, il faut garder en tête leur double nature. Ils racontent des souvenirs et des prétentions prophétiques ; ils contribuent aussi à donner à leur autrice une place dans l’histoire qu’elle raconte. Une prédiction imprimée après l’événement peut nous apprendre beaucoup sur cette construction de réputation, sans devenir une prédiction consignée avant sa réalisation.

En 1832, un exemplaire du Manifeste des dieux sur les affaires de France porte un avertissement contre les contrefaçons : Lenormand n’approuve que les volumes munis de sa signature. L’exemplaire numérisé par Wellcome en conserve une, manuscrite. Son nom est déjà quelque chose que l’on protège.8

Un document de 1838 donne à entendre une autre prise de position. Dans la Gazette des tribunaux, Lenormand réagit au cas d’une femme présentée comme son élève. Elle déclare n’avoir jamais fait d’élèves et ne pas avoir l’intention d’en faire.9 C’est sa propre déclaration, relayée par le journal. Elle ne nous permet pas de connaître chacune de ses relations, mais elle oblige à examiner les héritages pédagogiques proclamés ensuite avec un peu d’attention.

La cartomancienne n’a donc pas laissé son nom voyager sans se soucier de son emploi. Les pages de ses livres, leurs avertissements et ses interventions dans la presse montrent une autrice attentive à la manière dont elle est représentée. Après sa mort, le nom continuera pourtant sa carrière sur des objets très différents.

Un nom qui circule, une signature que l’on protège

Londres, 1826

Page de titre anglaise de The Oracle of Human Destiny, publié sous le nom Madame Le Normand, troisième édition, 1826
The Oracle of Human Destiny, troisième édition, C. S. Arnold, 1826. Le titre attribue l’ouvrage à Madame Le Normand ; sa participation effective n’est pas établie par cette page.
Wellcome Collection, b29337963, vue 5 · Domaine public (PDM).

Paris, 1832

Avertissement contre les contrefaçons et signature manuscrite de M.-A. Le Normand dans le Manifeste des dieux de 1832
Manifeste des dieux, 1832. Lenormand n’approuve que les volumes portant sa signature. Cet exemplaire en conserve une.
Wellcome Collection, b29304647, vue 6 · Domaine public (PDM).
Deux pages authentiques et entières : une attribution éditoriale anglaise et un avertissement signé. Ni l’une ni l’autre n’est un livret du Petit Lenormand.

Joséphine, Napoléon, Robespierre : la célébrité fabrique de bons récits

Les anecdotes les plus connues rapprochent Lenormand de Joséphine, de Napoléon et de Robespierre. Elles racontent des rencontres, des avertissements ou des destins annoncés. Ces récits appartiennent à sa célébrité ; pour raconter leurs événements comme des faits, il faudrait savoir qui les rapporte, à quelle date et sur quel témoignage indépendant.

Les Mémoires consacrés à Joséphine paraissent en 1820, après la mort de l’impératrice. Ils attestent que Lenormand écrit sur elle. Leur titre ne suffit pas à établir le détail de leurs entretiens. Les récits autobiographiques et les souvenirs publiés longtemps après les événements peuvent être utiles, mais leur distance dans le temps et leur point de vue restent attachés au récit.

Dans les pièces examinées pour cet article, aucune preuve contemporaine indépendante suffisamment précise ne permet de confirmer les grandes prédictions attribuées à Lenormand concernant Napoléon ou Robespierre. Cela n’autorise pas davantage à affirmer qu’aucune rencontre n’a jamais eu lieu. La conclusion porte sur les épisodes racontés : ils restent des traditions de réputation, à ne pas mettre en scène comme des consultations reconstituées.

La publicité, elle, est plus facile à saisir. Une annonce commerciale de Coblence, identifiée au 5 décembre 1845, promet des cartes avec lesquelles Lenormand aurait annoncé à Napoléon sa grandeur.10 Cette phrase ne prouve pas la consultation. Elle montre très bien ce qu’un vendeur jugeait susceptible de convaincre son public. L’empereur avait encore de l’avenir dans les réclames.

Pourquoi le Petit Lenormand porte-t-il ce nom ? La piste de Coblence

Lenormand meurt en 1843. Deux ans plus tard, son nom apparaît dans le commerce de cartes à Coblence, aujourd’hui Koblenz. Longtemps, la date de 1846 a servi de repère pour ce passage. Les recherches de Greer et les échanges documentaires d’Helen Riding et de Lothar Teikemeier ont contribué à faire connaître cette piste allemande.10

Une étude publiée en septembre 2026 par Antonella Rotti apporte une pièce plus précoce : une entrée du Börsenblatt für den Deutschen Buchhandel du 2 décembre 1845, sous la rubrique de Reiff à Coblence. Le numéro 10029 annonce des cartes de la devineresse Lenormand de Paris, éditées par Chator, avec une explication. Le « 32 » qui suit est un format bibliographique, pas l’annonce d’un jeu de trente-deux cartes.10

Les reproductions des annonces suivantes permettent de lire une deuxième édition de trente-six cartes, en février 1846, puis une quatrième en août. Ces pièces resserrent la chronologie sans donner la date exacte à laquelle le premier étui a quitté l’atelier. Elles ne suffisent pas non plus à identifier une boîte survivante comme cet exemplaire inaugural.

L’annonce de la quatrième édition apporte un autre détail important. Signée J. B. Rühl, elle indique que le jeu paraît dans son établissement lithographique. Elle précise que Reiff s’était occupé de la distribution des trois premières éditions et que cette fonction passait à Hölscher.10 On peut donc nommer un producteur pour cette quatrième édition et suivre une organisation commerciale. Désigner Reiff comme l’unique inventeur ou fabricant de toute la lignée serait aller plus vite que les documents.

Sur l’annonce de décembre 1845, Chator est présenté comme héritier de Lenormand. Ce titre donne aux cartes une autorité supposée. Il reste une revendication du vendeur : le feuillet commercial n’est pas un acte de succession. Le nom de la cartomancienne devient ainsi une promesse de provenance, susceptible de faire oublier l’histoire allemande des images.

« Philippe, héritiers de Mlle Lenormand » : une signature n’est pas une preuve de parenté

Sur un feuillet américain associé aux cartes McLoughlin, une autre signature apparaît : Philippe, suivi d’une mention d’héritiers de Mademoiselle Lenormand. Le Penn Museum conserve par ailleurs un ensemble McLoughlin de trente-six cartes avec boîte et instructions, daté de 1882-1893.11

Le feuillet promet de transmettre les cartes de la célèbre sibylle et leur explication. Il comporte des significations, une disposition complète et un exemple de lecture. Voilà un véritable document de transmission. En revanche, son préambule commercial ne démontre pas que Lenormand en ait écrit la méthode ou employé les mêmes cartes.

Il faut aussi laisser Chator et Philippe à leur place respective. Le premier figure dans les annonces de Coblence étudiées ici ; le second dans une tradition de feuillets dont nous examinons un témoin plus tardif. Les fondre en une seule personne résoudrait élégamment une question que les pièces ne résolvent pas.

On rencontre souvent le qualificatif « fictif » à propos de Philippe. Ce que l’on peut établir avec les documents présentés ici est plus limité : la signature existe, l’identité biographique et la filiation revendiquée ne sont pas démontrées.

Le piquet et les quatre cartes ajoutées : une explication séduisante à éprouver

Une autre histoire semble donner une origine très simple au jeu : Lenormand aurait pris un piquet de trente-deux cartes et ajouté les quatre six pour en obtenir trente-six. Le calcul est juste. L’attribution du geste demande une preuve d’une autre nature.

La comparaison des deux éditions de The Essential Lenormand, de Rana George, permet de voir ce récit changer. En 2014, l’introduction rapproche les valeurs des cartes du piquet ; le glossaire définit le piquet comme un jeu de trente-deux cartes. Le passage correspondant ne dit pas que Lenormand a personnellement ajouté les quatre six. En 2025, la deuxième édition le lui attribue explicitement.12

Cette différence mérite d’être montrée, parce qu’elle concerne la naissance du système, pas seulement une préférence d’interprétation. La filiation du répertoire avec le Jeu de l’Espoir est étayée ; aucun document contemporain contrôlé ici n’établit le geste créateur prêté à Lenormand. Un manuel de pratique peut transmettre une tradition avec conviction sans constituer une archive de cette invention.

Le mot piquet lui-même demande de regarder les règles et leur époque. Learning Lenormand reproduit en annexe un texte de règles décrivant un piquet à trente-six cartes. Ce témoin rappelle que les effectifs historiques ne se réduisent pas à une définition moderne unique ; il ne prouve pas ce que Lenormand aurait créé.12

Composer un paquet de trente-six cartes et concevoir la suite de leurs images restent deux questions différentes.

Petit Lenormand et Grand Lenormand : deux histoires sous une même enseigne

Le nom Lenormand apparaît sur plusieurs familles de jeux. Le Petit Lenormand classique possède les trente-six figures dont nous suivons la filiation. Le Grand Lenormand, traditionnellement composé de cinquante-quatre cartes, présente des compositions beaucoup plus chargées : scènes mythologiques, constellations, fleurs et autres correspondances se partagent l’image.13

Le Grand n’est donc pas le Petit auquel on aurait ajouté dix-huit cartes pour les joueurs plus avancés. Leurs structures diffèrent. Leur présence sous un même nom montre plutôt combien ce nom pouvait servir à proposer des systèmes distincts.

Dans le catalogue de Hoffmann et Kroppenstedt de 1972, la date de 1845 concerne le Grand Jeu de société de Mlle Lenormand, selon la lecture précise qu’en donne Antonella Rotti. Elle ne suffit donc pas à dater le Petit. L’attestation commerciale de décembre 1845 exposée plus haut concerne une autre piste documentaire ; les deux dossiers doivent rester séparés. Une annonce de cinquante-quatre cartes ne prouve pas la commercialisation d’un jeu de trente-six, et inversement.13

Quant au Grand Tableau, c’est une manière de disposer les cartes du Petit Lenormand. Le mot « Grand » fait ici référence à l’étendue du tirage. Il ne transforme pas le jeu en Grand Lenormand. Un même mot, donc, pour un autre jeu ou pour un tirage : le reste du nom compte.

Comment les méthodes se transmettent et se transforment

Le feuillet américain signé Philippe fournit un bon point d’observation. Il fait disposer les trente-six cartes en quatre rangées de huit et une dernière de quatre. La femme et l’homme servent de repères. Le voisinage, l’éloignement et parfois l’orientation modifient les indications données pour les cartes.11

La Montagne, par exemple, n’y joue pas le même rôle selon qu’elle est proche ou éloignée de la personne. L’Ancre possède elle aussi une lecture conditionnée par la distance. On voit un ensemble plus prescriptif que la seule invitation à composer un récit plaisant du Jeu de l’Espoir : le feuillet fournit des règles auxquelles le lecteur peut revenir.

Le rapprochement permet de suivre une transformation documentaire. Il ne raconte pas chaque leçon donnée entre deux publications. Une transmission orale laisse rarement la même trace qu’un livre vendu avec un jeu ; inversement, le livret conservé ne dit pas comment tous ses acheteurs l’ont réellement pratiqué.

Les manuels contemporains ouvrent d’autres fenêtres. Matthews développe notamment les tableaux et les inserts. George insiste sur le contexte et propose ses propres développements. Musruck consacre un guide aux associations ; Young-Sutton détaille les mécaniques de lecture ; Mazza présente une pratique vivante et personnelle.14 Ces approches appartiennent à la réception actuelle du jeu.

Pour les différences régionales, les étiquettes sont plus faciles à trouver que les généalogies complètes. Un livre français et un jeu belge n’établissent pas à eux seuls une école nationale homogène. Mieux vaut nommer un auteur, une édition, une consigne précise : c’est ainsi que les variations deviennent comparables.

Des cartes allemandes, belges, américaines : suivre des objets qui voyagent

Les cartes circulent, mais leurs détails donnent des points d’arrêt à cette histoire. Une petite série de Dondorf, conservée au Stadtmuseum d’Einbeck, montre le Vaisseau, le Trèfle, l’Anneau et le Cavalier. La scène se développe à l’intérieur de chaque carte tandis que les numéros et les inserts maintiennent des repères communs. La notice propose une datation large, qu’il serait abusif de transformer en année précise.15

À Bruges, Geûens-Seaux publie un Petit Lenormand dont la BnF conserve un exemplaire daté entre 1895 et 1901 : trente-six cartes et une règle. La notice signale l’information de responsabilité sur la carte 27, la Lettre. Il arrive qu’une carte porte à la fois un message dans le jeu et une adresse pour son historien.15

Un autre témoin belge, le Jardin de Brepols conservé au MAS d’Anvers, est catalogué 1910-1930 et attribué à cet éditeur. Il montre comment un même numéro et un même sujet survivent à des choix de dessin différents.15

L’ensemble McLoughlin publié à New York et conservé au Penn Museum atteste une autre étape de circulation à la fin du XIXe siècle. Les notices, les langues, les cartes et les livrets jalonnent cette circulation, avec des parcours qui se croisent plutôt qu’un itinéraire unique.

La stabilité du répertoire classique est remarquable, sans être absolue pour tout produit portant le nom Lenormand. Des fabricants ont modifié l’ordre, les figures ou le nombre de cartes. Le catalogue de 1901 en garde des exemples. Une famille se reconnaît ; son nom n’oblige pas tous ses membres à être des copies conformes.

Deux témoins de la circulation européenne

Dondorf, Francfort

Quatre cartes Dondorf conservées à Einbeck : Vaisseau 3, Trèfle 2, Anneau 25 et Cavalier 1, chacune visible en entier
Quatre cartes portant la marque Dondorf Francfort. La date exacte de cet exemplaire reste à préciser.
Stadtmuseum Einbeck, SME A 10184, via Kulturerbe Niedersachsen · CC BY-SA 4.0. Photographie entière, non modifiée.

Brepols, 1910-1930

Carte entière Jardin 20, huit de pique et fontaine, attribuée à Brepols, 1910-1930, conservée au MAS
Jardin 20, jeu belge attribué à Brepols, 1910-1930. Le texte imprimé fait intervenir la proximité et l’éloignement.
MAS, Anvers, VM.1990.008.002 ; photographie diffusée par la Ville d’Anvers · Domaine public (PDM). Réduction sans recadrage.
Numéros, sujets et inserts permettent de reconnaître une famille. Cette comparaison ne prétend pas établir une filiation directe entre les deux exemplaires.

Le Lenormand contemporain : le jeu continue de trouver des lecteurs

Les rééditions, les créations graphiques, les livres, les vidéos et les communautés de lecteurs donnent aujourd’hui plusieurs façons de rencontrer le Petit Lenormand. Les méthodes circulent plus facilement entre les langues, et les collections numérisées permettent de comparer un livret ancien à une présentation récente.

Ce qui me plaît dans cette circulation, c’est qu’elle permet de tenir ensemble deux curiosités. Nous pouvons apprendre à lire les cartes et nous demander comment les explications nous sont parvenues. Une interprétation ajoutée aujourd’hui peut être féconde sans avoir besoin d’être attribuée à Hechtel ou à Mademoiselle Lenormand.

Le Grand Tableau pratiqué aujourd’hui appartient à cette histoire poursuivie. Connaître son ancienneté et ses transformations ne retire rien au plaisir de l’explorer. Cela permet simplement de reconnaître ce qui se transmet, ce qui change et ce qu’un auteur propose en son nom.

Ce que les archives éclairent, et ce qu’elles laissent ouvert

Les lignes principales se dessinent nettement : un répertoire allemand à la fin des années 1790, un jeu conservé qui associe parcours et bonne aventure, puis une commercialisation sous le nom de Lenormand après 1843. Les annonces de Coblence rendent ce dernier passage plus concret, jusque dans la répartition du travail entre un établissement lithographique et ses distributeurs.

Des questions restent ouvertes : quelle était exactement la première édition du Jeu de l’Espoir ? Son paragraphe oraculaire était-il identique à celui de la réédition conservée ? Quelles pièces Hechtel connaissait-il parmi les antécédents du café et des emblèmes ? Comment se distribuent les premiers témoins des feuillets Chator et Philippe ?

Il existe aussi des archives localisées qui appellent une autre enquête. Les Archives de l’Orne signalent notamment des pièces manuscrites sous la cote 1 J 145, décrites comme correspondance et méthode de tarot de Lenormand. L’inventaire permet de les repérer ; il ne permet pas de raconter leur contenu comme si les manuscrits avaient été lus.16

L’histoire du Petit Lenormand gagne beaucoup à cette manière de regarder. Elle nous rapproche des cartes que l’on imprime, des étuis que l’on vend et des explications que l’on transmet. Tu peux ensuite retrouver les trente-six cartes de son répertoire avec cette histoire en tête. Derrière leurs images familières se croisent des imprimeurs, des joueurs, des cartomanciennes et tous ceux qui ont appris à les lire.

Chronologie : distinguer les traces, les objets et les récits

  1. Livre d’Etteilla

    Publication de cartomancie antérieure au Lenormand.

    Publication
  2. Marie-Anne-Adélaïde Lenormand

    Dates généralement retenues ; naissance discutée dans des sources anciennes.

    Repères biographiques
  3. Les Amusements des Allemands

    Antériorité viennoise revendiquée / édition londonienne identifiée.

    Revendiqué / identifié
  4. Jeu de l’Espoir, Hechtel, Bieling

    Indices de 1798 signalés ; annonce de 1799 contrôlée.

    Annonce contrôlée en 1799
  5. British Museum 1896,0501.495

    Datation de la réédition conservée, pas de la première conception.

    Datation d’objet
  6. Livres de Lenormand

    Des publications qui participent à sa réputation.

    Publications
  7. Déclaration à la Gazette des tribunaux

    Lenormand récuse avoir formé des élèves.

    Déclaration
  8. Mort de Lenormand

    Un repère pour comprendre les revendications posthumes.

    Repère biographique
  9. Annonces de Coblence

    Pièces identifiées par Rotti ; extraits imprimés examinés.

    Fragments examinés
  10. Deuxième / quatrième édition annoncée

    Trente-six cartes ; distribution et établissement lithographique précisés.

    Éditions annoncées
  11. McLoughlin, New York

    Ensemble du Penn Museum, avec instructions.

    Datation d’objet
  12. Geûens-Seaux, Bruges

    Petit Lenormand décrit par la BnF.

    Datation d’objet
  13. Brepols, carte du Jardin

    Témoin belge conservé au MAS.

    Datation d’objet
  14. Éditions et supports variés

    Une transmission qui se poursuit, sans mesure globale avancée ici.

    Transmission actuelle

Notes, sources et lectures

1Les dates de Hechtel et les indices de 1798 sont étudiés dans les recherches de Lothar Teikemeier et la notice de la réimpression commentée du recueil de 1798. Les scans des Humoristische Blätter, premier trimestre 1799, ont été directement examinés : page de titre et annexe publicitaire, image n109, après la page imprimée 102, habituellement référencée p. 104. Le jeu de trente-six cartes, sous Hechtel, y est proposé au prix de trente kreuzers ; le recueil de 1798 est distinct. Les pièces originales relatives à une offre du jeu dès 1798 restent à contrôler.↩

2BnF, publications d’Etteilla ; Tim Husband, histoire et structure des tarots, Metropolitan Museum of Art, 2016. Ce contexte ne constitue pas une filiation du tarot vers les trente-six images.↩

3William G. Pooley, « Paper Tools for Broken Hearts », French History, 37/4, 2023, p. 379-400. La notice et le résumé universitaire ont été consultés ; aucune analyse détaillée d’une affaire judiciaire de cet article n’est reprise ici.↩

4British Museum, 1896,0501.495 ; F. M. O’Donoghue, Catalogue of the Collection of Playing Cards…, 1901, p. 108-109, entrées allemandes 192-193, texte numérisé consulté. Notice actuelle connue par son indexation ; ouverture directe bloquée.↩

5Transcription allemande du feuillet, pages 1-4 ; Marcus Katz et Tali Goodwin, Learning Lenormand: Traditional Fortune Telling for Modern Life, Llewellyn Publications, première édition électronique, 2013 (ISBN 9780738736877), annexe 1, « The Game of Hope », traduction de Steph Myriel Es-Tragon. Le texte porte la mention de deuxième édition améliorée. Caitlín Matthews, The Complete Lenormand Oracle Handbook: Reading the Language and Symbols of the Cards, Destiny Books / Inner Traditions, édition numérique de 2014 (ISBN 9781620553268), introduction, « Petit Lenormand Cards and Their Origins », présente un oracle 6 × 6 ; la note 5 de son introduction renvoie à Ronald Decker, Thierry Depaulis et Michael Dummett, A Wicked Pack of Cards: The Origins of the Occult Tarot, Duckworth, 1996, p. 141, ouvrage non consulté directement ici. Traduction et transcription concordent sur 8 + 8 + 8 + 8 + 4 pour le témoin conservé ; son fac-similé intégral n’a pas été contrôlé.↩

6Mary K. Greer, « A New Lenormand Deck Discovery », 12 juillet 2013 ; transcription du livret de 1796 ; British Museum, 1982,U.4637.1-32. Le tableau est une comparaison de motifs à partir des listes, pas une collation de toutes les images originales.↩

7Musée de la Loterie, Biribissi vénitien vers 1800. Les rapprochements avec les emblèmes et loteries sont des pistes d’influence ; aucun emprunt individuel par Hechtel n’est établi par cet objet.↩

8BnF, autorité et publications de Le Normand ; NLI, Mémoires… Joséphine, 1820 ; Wellcome, Manifeste des dieux, 1832, avertissement et signature, vue 6. Louis Du Bois donne 1768 dans son texte polémique de 1843, transcrit par la bibliothèque de Lisieux. La date 1772 est conservée avec cette divergence, sans prétendre avoir vérifié un acte de naissance.↩

9Gazette des tribunaux, 29 novembre 1838, dernière page, déclaration de Lenormand à propos d’une prétendue élève. Source contemporaine contrôlée ; preuve de sa déclaration publique.↩

10Antonella Rotti, étude des annonces de Coblence, 14 septembre 2026. Les quatre extraits reproduits des annonces 10029, 9074, 1218 et 5728 ont été examinés ; leurs dates de numéro sont identifiées par cette étude, les vues complètes SLUB étant techniquement inaccessibles ici. 2 décembre 1845, 5 décembre, 17 février 1846, 7 août. La piste antérieure de 1846 est documentée dans les échanges de recherche de 2012.↩

11Feuillet McLoughlin, scan de deux pages, contenu et signature contrôlés visuellement, sans date imprimée identifiée. Penn Museum, 16527A : ensemble américain daté 1882-1893. Le scan et l’objet du musée ne sont pas identifiés comme un même exemplaire.↩

12Rana George, The Essential Lenormand: Your Guide to Precise & Practical Fortunetelling, Llewellyn Publications : première édition électronique, 2014 (ISBN 9780738739717), et deuxième édition, version électronique de 2025 (ISBN 9780738780542). Passages comparés : introduction, « What Is Lenormand? », et glossaire, entrée « Piquet », dans les deux éditions. L’ajout personnel des quatre six est explicite dans le passage de 2025 et absent du passage correspondant de 2014. Repères complémentaires dans les exemplaires numériques examinés : pages PDF 13-14 et 417 en 2014 ; 18 et 814 en 2025. Ces nombres sont des rangs de pages numériques, pas une pagination imprimée. Marcus Katz et Tali Goodwin, Learning Lenormand: Traditional Fortune Telling for Modern Life, Llewellyn Publications, première édition électronique, 2013 (ISBN 9780738736877), annexe 2, « The Game of Picket (Piquet) » (repère complémentaire : page PDF 270) : reproduction de règles de piquet à trente-six cartes, dont l’édition ancienne d’origine n’est pas identifiée sur cet extrait.↩

13Le catalogue BnF distingue notamment les cartes divinatoires et le Grand Jeu de société. Pour la date de 1845, Antonella Rotti, étude citée en note 10, section « The accepted date and its source », situe précisément l’affirmation chez Detlef Hoffmann et Erika Kroppenstedt, Wahrsagekarten. Ein Beitrag zur Geschichte des Okkultismus, Deutsches Spielkarten-Museum, Bielefeld, 1972, p. 17, objet de catalogue n° 15 : il s’agit du Grand Jeu de société. Cette localisation est rapportée par Rotti ; le catalogue de 1972 n’a pas été consulté directement ici. Elle ne sert pas à dater le Petit Lenormand ni à identifier une première édition à trente-six cartes.↩

14Pour les pratiques contemporaines : Caitlín Matthews, ouvrage et édition référencés en note 5, partie II, « The Playing Card Insets », et partie III, « The Art of the Grand Tableau » ; Rana George, ouvrage et éditions référencés en note 12, partie 3, « Reading Techniques and Spreads ». Alexandre Musruck, Le guide des associations du Petit Lenormand, Éditions Arcana Sacra / Améthyste Éditions, édition française de 2019 (ISBN 9791094878262), introduction et section « Les associations ou l’art de lire les paires ». Lisa Young-Sutton, The Petit Lenormand Oracle: A Comprehensive Manual for the 21st Century Card Reader, BookBaby, édition numérique portant le copyright 2021 (ISBN 9781098359713), sections « Playing Card Insets », « How can we use the insets? » et « Grand Tableau (GT) Steps » ; notice BookBaby. Eron Mazza, The Living Lenormand: Reading & Magic with the Cards, Crossed Crow Books, édition de 2025 (ISBN papier 9781964537498), introduction, « How I Discovered the Cards », et chapitre 1, « A History of Lenormand ». Ces ouvrages ont été consultés par passages ; ils témoignent de pratiques et de récits contemporains, sans constituer des archives de l’époque de Hechtel.↩

15Stadtmuseum Einbeck, Dondorf, SME A 10184 ; BnF, Geûens-Seaux, FRBNF40918408 ; MAS, Brepols, VM.1990.008.002. La datation d’Einbeck reste une estimation muséale large. Les licences des reproductions sont indiquées sous les images et dans l’inventaire iconographique.↩

16Archives départementales de l’Orne, inventaire de la série J, cote 1 J 145. Inventaire consulté, manuscrits non consultés.↩